Samedi 25 Mai 2013
   
Texte

Récits et histoires hassidiques

La flamme disparue.

Par Yerachmile Tilles.

 

C’était la première nuit de Hanouccah. Une violente tempête de neige faisait rage au dehors mais à l’intérieur, l’atmosphère était chaude et tranquille. Le Rebbe, Rabbi Barouh de Meziboz, petit-fils du Baal Chem Tov se teanit face à la hanoukia, entouté de ses hassidim venus en foule. Il récita les bénédictions avec une grande dévotion, alluma la première bougie et plaça le “chamach” à sa place. Puis, lentement, il entonna le chant de Hanouka “ Hanerot Hallalou”, le visage rayonnant de sainteté et de joie. Tous ses Hassidim l’observaient, emplis d’admiration.

La flamme de la première bougie s’élevait puissamment, le Rebbe et ses Hassidim s’asseyant à présent tout en reprenant les chansons traditionnelles de Hanoucca, “ Maoz Tsour “...

Soudain, la flamme commença à trembloter et à sauter bizarrement alors qu’aucune brise, même légre, ne se faisait sentir dans la pièce. Elle semblait danser lorsque, subitement, elle disparut. la flamme ne s’était pas éteinte, aucune fuméé ne s’élevait, non, elle avait simplement disparu, comme si elle s’était rendue quelque part, ailleurs. Le Rebbe était perdu dans ses pensées mais il éloigna tout de même d’un geste de la main son intendant qui voulait rallumer la bougie. Faisant signe aux Hassidim de continuer à chanter, le Rebbe ne se départait pas de sont son calme et ne les interrompit que pour dire quelques mots de Torah. La soirée était merveilleuse mais aucun des Hassidim présent n’avaient oublié cette flamme qui s’était évanouie.

Ver minuit, on entendit une carriole arriver, le bruit des roues crissant dans la neige et la glace brisait ainsi le calme qui régnait. Brusquement, la porte s’ouvrit et tous découvrirent un Hassid venu d’un village voisin. Mais en le voyant, l’assemblée fut choquée par ses habits répugnants et en haillons, son visage bouffi qui saignait.

Cependant, contrairement à son apparence physique, ses yeux étincelaient et tout son être laissait transparaître la joie.

A présent assis à la table, tous les regards tournés vers lui, il raconta son histoire avezc excitation:

“ Ce n’est pas la première fois que je me rends à Metsiboz en empruntant la route qui traverse la forêt alors je la connais bien! mais, cette semaine, à cause de cette terrible tempête de neige, j’ai été très ralenti. L’angoisse m’a gagné, je ne savais pas si j’allais arriver à temps pour me trouver auprès du Rebbe le premier soir de Hanoucca. Ces pensées m’ont tellement troublé que ,sans attendre la fin de la tempête, j’ai pris la route, voyageant jour et nuit avec l’espoir d’atteindre ma destination à temps. C’est idiot, je le sais, mais lorsque j’ai réalisé cela, il était trop tard. La nuit dernière, je me retrouvais face à des brigands, ravis de me rencontrer. En effet, ils ont bien entendu pensé que pour voyager par ce temps, je devais être un riche marchand bien trop pris par ses affaires pour attendre. M’ordonnant de me rendre, ils exigèrent alors tout mon argent.

J’ai bien essayé de leur expliquer, de plaider ma cause mais ils refusaient absolument de croire mes propos, je n’avais pas d’argent! Finallement, ils se sont saisi des rênes de mes chevaux, ont grimpé dans ma carriole et se sont installés à côté de moi pour mieux me surveiller. Puis, ils m’ont conduit jusqu’à leur chef qui déciderait de mon sort. en attendant l’arrivée de leur chef, ils m’ont examiné sous toutes les coutures, m’ont fouillé moi et mon attelage, tentant de trouver où j’avais bien pu cacher l’argent. Je n’avais rien à leur dire sauf la vérité mais ils ne l’entendaient pas de cette oreille. Après des heures de torture, ils m’ont jeté, épuisé et blessé dans un sombre cachot. Les blessures qu’ils m’avaient infligés saignaient et mon corps n’était plus qu’une immense douleur, je restais donc allogé jusqu’au soir lorsque le chef de ces bandits vient me parler.

Je fis de mon mieux pour lui décrire l’incroyable joie que me procurait la présence du Rebbe et combien il était important pour moi de me rendre chez le Rebbe le premier soir de la fête, au point de mettre ma vie en danger et de voyager de nuit sur les routes glacées.

Je ne sais pas si mes propos l’ont impressionné ou s’il a vu que je resterais inébranlable même sous la tortur, en tout ca, grâce à D.ieu, quelle que soit la raison il me relacha en me disant:

“ Je vois que ta foi en D/ieu est forte et que ton désir d’être avec ton Rebbe est sincère et intense. Mais nous allons voir si tu dis bien la vérité. Je vais te laisser partir, mais, tu dois le savoir, ce sera extrêmement dangereux/ Même les plus durs d’entre nous ne s’aventurent pas seuls, de nuit au coeur de la forêt, ils restent en groupe, surtout si la tempête souffle. Tu peux partir tenter ta chance. Je te le dis, si tu réussis à traverser la forêt malgré tout et à échapper aux bêtes sauvages et au reste, je jure de dissoudre ma bande de voleurs et de m’amender! Si tu arrives près des faubourgs de la ville, jette ton mouchoir dans le fossé qui jouxte la route, derrière le poteau indicateur. L’un des mes hommes sera posté là-bas, ainsi je saurais si tu as réussi ou non.

“ Je fus encore plus terrifié. Les terribles conditions que j’avais endurées résonnaient encore en moi et voilà qu’un nouveau cauchemar, plus effrayant encore, m’attendait. Mais j’ai pensé alors au plaisir, ce serait merveilleux d’être avec le Rebbe lors de l’allumage de la Menorah...Toutes mes angoisses se sont envolées et je décidais de partir sur le champ.

On me rendit mon cheval et je me mis en route. L’obscurité était totale, j’ entendais les cris des animaux de la forêt qui semblaient très proches. J’eus très peur de me trouver encerclé par une meute de loups féroces. Allongé sur ma monture, je l’éperonnais vivement. Et voilà qu’il refusait d’avancer dans le noir. Je le fouettais,sans succès, il ne bougea pas d’un pouce.

Je ne savais plus quoi faire. A ce moment précis, une petite lumière tremblota devant nous. Le cheval avança alors dans sa direction, la lumière avança encore, le cheval suivit. Au fur et à mesure que nous progressions, les animaux sauvages s’enfuyaient, c’était comme si la flamme les tenait à l’écart.

“ Nous avons suivi la flamme jusqu’ici, j’ai tenu ma part du marchant en jetant mon mouchoir à l’endroit indiqué. Qui sait? Peut-être  que ces brigands si cruels changeront, tout cela grâce au mérite d’une petite flamme.”

Ce fut seulement à ce moment que les Hassidim réalisèrent que la flamme de la Hanoukia allumée par le Rebbe était revenue.
Elle était là, brûlant sur la Hanoukia, belle et élancée, comme si elle venait d’être allumée.

 

La plus belle des mitsvot...

L’un des jeunes hassidim de Reb Mordekhaï de Lekhovitch subissait sans arrêt les réflexions de son beau-père, remarquable érudit mais incorrigible mitnagued. “Tu es bien trop paresseux pour étudier, lui disait-il. Voilà pourquoi tu as choisi d’être Hassid!”

Or un jour, le jeune homme eut un fils et en fidèle hassid, il courut chez son Rebbe, Reb Mordekhaï qui était un grand mohel également afin de l’honorer de la mitsva de circoncire l’enfant. Vint le huitième jour. Comme à son habitude, le père se leva et s’en fut prier dans la synagogue de son Rebbe. Exactement ce qu’attendait son beau-père! Il allait les remettre à leur place une fois pour toutes, son gendre et son Rebbe hassidique tant aimé! Sans perdre une seconde, il fit venir un autre mohel, réunit dix hommes pour le minyan, et pendant que son gendre et Reb Mordekhaï se livraient à leurs prières, la circoncision eut lieu.

Rayonnant et plein d’impatience, le jeune père revint de la synagogue accompagné de son rebbe et d’autres hassidim joyeux à l’idée d’accomplir et de participer à cette grande mitsva. Mais quelle surprise! Bien sûr, le jeune homme était effondré: non seulement il n’avait pas assisté à la brit mila de son propre fils, et de plus, on avait fait volontairement injure à son Rebbe vénéré. Mais, il en était ainsi, et il ne restait plus qu’à se rendre chez le rebbe pour la seoudat mitsva, repas que l’on prend après une joyeuse mitsva. Etonnés, les hassidim dépités virent le Rebbe plus gai qu’en toute autre occasion, plus gai encore que s’il avait lui-même accompli la mitsva de la circoncision.

Il s’en expliqua très simplement: “ Circoncire un enfant est évidemment une grande mitsva; cependant elle est toujours entachée d’une ombre de désir d’être honoré ou d’orgueil. Nos Sages nous enseignent que “lorsqu’un cas de force majeure empêche une personne d’accomplir une mitsva, on lui accorde le bénéfice de la bonne intention et il est considéré comme s’il l’avait effectivement réalisée.” De toute évidence,une mitsva de cette nature n’est pas intéressée et D.ieu la considère comme ayant été exécutée le plus parfaitement possible. C’est pourquoi je me réjouis encore plus qu’à l’accoutumée car l’occasion m’est-elle souvent donnée d’effectuer une mitsva si complètement immaculée ?”

 

   

L'autre aspect d'un Siddour.

par Yerachmiel Tilles.

 

Le très célèbre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal, participait alors à une conférence donnée par l’ensemble des Rabbins Européens à Bratislava en Slovaquie. Après avoir reçu une distinction honorifique, celui-ci parut troublé et ému puis raconta l’histoire suivante:

cela se passait à Mathausen ,peu de temps après la libération. Le camp reçut la visite de Rabbi Eliezer Silver, président de l’Agudat Harabanim ( union des rabbins orthodoxes d’Amérique du Nord) qui avait pour mission de venir en aide aux survivants, matériellement et spirituellement. De ce fait, il mit en place un service de prière spécial et il  demanda à Simon Wiesenthal de s’y joindre. Celui-ci refusa, tout en expliquant ses raisons.

“ Dans ce camp, se trouvait un juif religieux qui avait réussi, d’une manière ou d’une autre, à dissimuler un Siddour ( livre de prières) aux yeux des nazis. Tout d’abord, j’ai vraiment admiré cet homme et son courage car il savait qu’il risquait sa vie en faisant entrer ce livre de prières. Mais, le second jour, je découvris avec horreur que cet homme louait son Siddour en échange de nourriture et beaucoup de gens lui donnaient jusqu’à leur dernier quignon de pain pour avoir ce siddour quelques minutes entre les mains. D’ailleurs, d’émacié et d’affaibli comme tous les autres cet homme en vint à manger tant qu’il mourut avant tous les autres, son organisme n’avait pu supporter autant de nourriture d’un coup.

Et en conclusion il dit alors: “ Si c’est ainsi que se conduisent des juifs religieux, alors je n’ai rien à voir avec un livre de prières.”

Alors que Simon Wiesenthal se retournait pour partir, Rabbi Silver lui tapa sur l’épaule et lui dit doucement en Yiddish: “ Du dummer ( idiot)!  Pourquoi as-tu seulement vu le Juif qui utilisait son siddour afin d’obtenir de quoi manger? Pourquoi n’avoir pas regardé ces Juifs capables de donner jusqu’à leur dernière miette de pain pour pouvoir prier? Ca, c’est la foi, c’est la véritable puissance d’un Siddour. “ Puis Rabbi Silver le serra dans ses bras.

 

“ Je me suis rendu aux offices le jour suivant.” conclut Wiesenthal.

   

Les origines du Ari Zal.

En 5294 (1534), la vie à Jérusalem était tranquille, aucun évènement particulier ne venait troubler l’existence des habitants. Ceux-ci bénéficiaient en effet de la présence de la police du nouvel empire Ottoman, l’avenir semblait brillant, empli de paix et de prospérité pour tous. Sept ans auparavant, le nouveau gouvernement avait entamé la construction d’un projet historique: une muraille immense et imposante entourant la vieille ville de Jérusalem. Cela prendrait encore une douzaine d’années mais les habitants attendaient avec impatience cette fortification qui ainsi les protégerait ou du moins leur en donnerait le sentiment. De plus, le Sultan se montrait bienveillant envers ses sujets Juifs.

En ce temps, un Juif , Rav Chlomo Luria habitait la ville Sainte avec son épouse.C’était un homme saint et sa femme, elle aussi, était pieuse et vertueuse. Lorsque son épouse tomba enceinte,alors qu’il était seul à la synagogue, le Prophète Eliyahou Hanavi lui apparut.
“ J’ai été envoyé ici par D.ieu pour t’informer que ta femme attend un garçon que tu appelleras Its’hak. Il sauvera de nombreux Juifs des griffes des Klipot ( mauvaises forces spirituelles ) et de nombreuses âmes reviendront sur le droit chemin grâce à lui. de plus, il sera le réceptacle Divin afin de révéler la sagesse cachée de la Kabbalah.

Poursuivant, Eliyahou Hanavi le prévint ainsi: “ Tu devras faire attention, très attention à ne pas commencer la cérémonie de la Brit Mila avant que tu ne me voies à tes côtés à la synagogue. là, je serai le Sandak ( celui qui tient l’enfant promis à la circoncision.) Sur ces mots, le prophète disparut.

Seul dans la synagogue, Rav Chlomo Luria pria avec ferveur, “ S’il te plaït, ô mon D.ieu, fais que les paroles d’ Eliayahou Hanavi deviennent réalité. Ne laisse pas mes fautes entacher cette bénédiction merveilleuse pour mon fils, moi qui suis insignifiant et indigne, et si je Te le demande c’est pour Ton Honneur, non le mien.”

Exactement huit jours après la naissance, le couple amena l’enfant à la synagogue à l’heure demandée. Les amis de rav Luria et les Rabbanim étaient là ainsi que le Mohel.

Rav Chlomo Luria jeta des regards nerveux dans la foule présente mais Eliyahou Hanavi ne se montra pas. Sans aucune raison valable pour ne pas commencer la Brit Mila, rav Chlomo Luria fournit diverses excuses afin de bloquer la situation. Il y parvint pendant une heure et demie mais arrivé à ce point, les gens commençèrent à marmonner et à à s’agiter, tout en se plaignant. Rav Chlomo qui était connu pour ses bonnes manières et son manque de prétention ne se comportait pas du tout comme il en avait l’habitude.

Mais , au bout d’un moment, un brouhaha s’éleva du fait de certaines personnes qui élevaient la voix avec véhémence. Mais Rav luria ne permit pas au mohel de commencer la Brit Mila , les larmes coulaient sur ses joues. Non, Eliyahou Hanavi ne viendrait pas, signe qu’à cause de ses péchés, son enfant ne serait pas celui auquel le prophète se reférait.

Soudain, invisible aux yeux de tous sauf de Rav Luria, Eliyahou hanavi surgit.

“ Ne pleure pas, très cher serviteur de D.ieu,” murmura doucement le Prophète à ses oreilles. “ Approche toi de l’autel et présente ton offrande à D.ieu. Assieds-toi sur la chaise et tiens l’enfant sur tes genoux.”

Eliyahou se tint derrière lui puis plaça ses mains sous l’enfant pendant que le mohel entamait la cérémonie, pensant que Rav Luria était le Sandak.

Aussitôt qu’il eut fini, Eliyahou Hanavi enleva ses mains.

“ Prends ton fils,” dit le Prophète. “ De lui rayonnera une immense lumière qui illuminera tout Israël et le monde entier.” Eliyahou Hanavi finit de parler puis disparut aussi soudainement qu’il était arrivé.

Comme l’avait demandé le Prophète, l’enfant fut prénommé Its’hak, les Mazal Tov résonnèrent dans toute la synagogue.  et des bénédictions furent données pour l’nfant qu venait d’entrer dans l’alliance d’ Avraham. Miraculeusement, le temps d’arriver à leur domicile, la cicatrice de la circoncision avait complètement disparu.

Le jeune Its’hak vécut dans la ville Sainte dans ce qui est à présent le quartier musulman, aux yeux de tous il étit clair qu’il était un enfant merveilleux. Sa maîtrise de la Torah était incroyable et sa soif de sagesse insatiable.

A l’âge de huit ans, en 1542, son père décéda et sa mère l’envoya au Caire auprès de son oncle. Là, il étudia aiprès du Rav Bezalel Ashkenazi et se mariaa dès l’âge de quinze ans à la fille de son oncle. VIngt ans plus tard, à la demande d’Eliyahou Hanavi, il s’établit à Tsfat où il initia Rav Haïm Vital à la kabbalah. Durant les deux ans et demi où il vit et enseigna la Kabbalah à Tsfat, Rav Its’hak Luria, connu sous le nom du Ari Zal, répandit la lumière de la sagesse Divine dans le monde ce qui n’était pas arrivé depuis le temps de Rabbi Chimon bar Yo’haï.

Lorsqu’il partit de ce monde, la maison où il avait vécu et où il était né fut considéré comme un lieu saint. Grâce à de nombreux efforts, celle-ci put rester entre les mains de la communauté Juive, les comportements trop légers n’y étaient pas tolérés, les couples mariés ne pouvaient pas y résider. Le Hilada qui vécut deux cents ans après le Ari Zal écrivit alors qu’il avait eu le privilège de voir cette demeure et certains pensent qu’elle se situait dans la cour de la synagogue Ohr Ha Haïm. Malheureusement, ce quartier fut détruit par les Arabes en 1948.

 

( Chivhei Ari et Toldot Yeruchalaïm, vol 1, p 101.)

   

Rabbi Levi Its'hak de Berditchev: il y a loi et loi!

La Torah nous enseigne “ Juge chaque personne favorablement “et accorde lui le bénéfice du doute. C’est à ce propos que nous vous racontons cette histoire concernant Rabbi Levi Its’hak de Berditchev qui fut toute sa vie le défenseur du peuple juif. Il tenait compte de la présomption d’innocence de la personne mais n’en était jamais satisfait et s’évertuait à trouver des qualités méritantes à chacun. Servant à chacun d’avocat devant D.ieu, il désirait prouver à Hachem que ses enfants méritaient sa Bonté.
Il arriva un temps où les relations entre la Russie et la Turquie furent au plus mal, l’hostilité entre les deux pays était palpable, les marchandises en provenance de Turquie furent considérées comme provenqant de contrebande. De longues années de prison voire la mort punissaient ceux qui contrevenaient au décret émis par le Tsar.
La nuit précédant le Seder de Pessah, Rabbi Levi Its’hak de Berditchev réunit ses fidèles et leur annonça calmement qu’il ne pouvait commencer le Seder sans tabac à priser, tabac turc évidemment. Puis il leur ordonna de trouver ce tabac turc.
“ Mais, Rabbi, “ répondirent des hommes de l’assistance, “ Vous savez que le tabac turc est formellement interdit. Personne ne se risquerait à posséder ce genre de marchandise.”
“ Qu’importe,” répondit le Rabbi, “ Je dois avoir du tabac à priser turc.”
L’assemblée se dispersa mais il ne se passa pas très longtemps avant que quelqu’un ne vienne apporter ce fameux tabac qu’il avait sans doute dissimulé quelque part.
“ Bien, “ s’exclama le Rabbi, “ il me faut à présent de la bonne laine turque, un rouleau de bonne laine turque. “
“ C’est impossible, “ s’entendit-il répondre. “ Personne n’est assez fou pour avoir chez lui ce genre de choses.”
“ Bien, il n’y aurait pas de Seder alors, “ dit le Rabbi de Berditchev. “ Nous ne commencerons pas le Seder jusqu’à que vous m’ayez trouvé cette laine de Turquie.”
De nouveau, la foule se dispersa, et quelqu’un apporta la laine demandée au Rebbe.
“ Bien, “ dit Rabbi Levi Its’hak, “ Amenez-moi à présent un morceau de pain d’une maison juive.”
“ Mais, Rebbe,” lui répondit-on, “ Ce soir c’est Pessah. Il n’y a pas de pain dans nos maisons.”
“ Cela ne fait rien,” dit le Rebbe, “ Vous allez chercher comme vous avez cherché ces objets de contrebande. Allez chercher ces morceaux de pain.”
Mais ils eurent beau chercher et chercher encore, les gens de la ville revinrent vers Rabbi Levi Its’hak les mains vides. A Berditchev, personne n’avait trouvé de pain dans les maisonnées juives.
Rabbi Levi Its’hak de Berditchev était en extase, il leva les yeux vers le ciel puis s’exclama:
“ Regarde, Maître du monde! Le Tsar a une armée féroce ainsi qu’une police bien armée qui a le droit de fussiller quiconque défie ses lois. Sous peine de mort, prsonne ne doit posséder de marchandise turque. Lorsque j’ai demandé du tabac turc, je l’ai obtenu. J’ai demandé de la laine provenant de Turquie, j’en ai aussi obtenu. Mais, Toi, Mon D.ieu, Tu n’as pas d’armée. Personne n’a peur d’être tué ou emprisonné. Mais Tu as décrété que nous ne devrions pas garder du Hametz dans non maisons à partir de ce jour et, pas une miette, pas une, n’a pu être trouvée dans les maisons juives. Leur amour et leur attachement pour Toi dépasse la peur d’être éxécutés. Dis moi, Maître du monde, tu vois la dévotion de Tes enfants, ne méritent-ils pas une meilleur sort que celui que Tu leur accordes?”

   

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