L'autre aspect d'un Siddour.
par Yerachmiel Tilles.
Le très célèbre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal, participait alors à une conférence donnée par l’ensemble des Rabbins Européens à Bratislava en Slovaquie. Après avoir reçu une distinction honorifique, celui-ci parut troublé et ému puis raconta l’histoire suivante:
cela se passait à Mathausen ,peu de temps après la libération. Le camp reçut la visite de Rabbi Eliezer Silver, président de l’Agudat Harabanim ( union des rabbins orthodoxes d’Amérique du Nord) qui avait pour mission de venir en aide aux survivants, matériellement et spirituellement. De ce fait, il mit en place un service de prière spécial et il demanda à Simon Wiesenthal de s’y joindre. Celui-ci refusa, tout en expliquant ses raisons.
“ Dans ce camp, se trouvait un juif religieux qui avait réussi, d’une manière ou d’une autre, à dissimuler un Siddour ( livre de prières) aux yeux des nazis. Tout d’abord, j’ai vraiment admiré cet homme et son courage car il savait qu’il risquait sa vie en faisant entrer ce livre de prières. Mais, le second jour, je découvris avec horreur que cet homme louait son Siddour en échange de nourriture et beaucoup de gens lui donnaient jusqu’à leur dernier quignon de pain pour avoir ce siddour quelques minutes entre les mains. D’ailleurs, d’émacié et d’affaibli comme tous les autres cet homme en vint à manger tant qu’il mourut avant tous les autres, son organisme n’avait pu supporter autant de nourriture d’un coup.
Et en conclusion il dit alors: “ Si c’est ainsi que se conduisent des juifs religieux, alors je n’ai rien à voir avec un livre de prières.”
Alors que Simon Wiesenthal se retournait pour partir, Rabbi Silver lui tapa sur l’épaule et lui dit doucement en Yiddish: “ Du dummer ( idiot)! Pourquoi as-tu seulement vu le Juif qui utilisait son siddour afin d’obtenir de quoi manger? Pourquoi n’avoir pas regardé ces Juifs capables de donner jusqu’à leur dernière miette de pain pour pouvoir prier? Ca, c’est la foi, c’est la véritable puissance d’un Siddour. “ Puis Rabbi Silver le serra dans ses bras.
“ Je me suis rendu aux offices le jour suivant.” conclut Wiesenthal.




